Netflix + Warner : qui va écrire notre imaginaire ?
- Harmonie de Mieville

- 7 déc. 2025
- 11 min de lecture
Salut, ça va ? Ça fait longtemps. Non, je n’ai pas disparu. J’avais juste besoin, visiblement, d’un électrochoc XXL. Et devine qui m’a réveillée ? Netflix, ce joyeux mammouth du streaming, qui s’est dit : “Tiens, si j’achetais Warner Bros et que je mettais Hollywood dans un tote bag ?” Voilà. Moi je m’achète une grappe de raisin pour me sentir saine, eux achètent Harry Potter, Gotham, HBO et une partie de notre psyché collective avant le petit-déjeuner. Imagine la scène : une table de négociation, des avocats, des chiffres à neuf zéros, et quelque part dans l’air, un petit parfum de « on va décider ce que vous rêvez les dix prochaines années ». Ce n’est pas un film dystopique, c’est la vraie vie. C’est même presque banal, façon “oui, je vais prendre un latte soja vanille et la totalité des mythologies modernes, merci”.
On appuie sur Play. Tu entends le son ? Tchoum. C’est la porte de Poudlard qui se referme. Bang. Les rues de Gotham qu’on étiquette “contenu sensible.” Doinc. Bugs Bunny dont l’insolence devra désormais passer par la validation d’un algorithme. Tout ce qui occupait nos soirées, nos conversations, nos cosplay foireux, nos fanfictions honteuses… part dans le même cloud, propriété du même distributeur. Pour la première fois, une plateforme ne se contente pas de diffuser les histoires du monde : elle achète les clés du coffre. On pourrait faire comme les médias “classiques” et se contenter de parler concurrence, parts de marché et guerre du streaming. Mais soyons honnêtes : ce deal n’est pas juste économique. C’est une prise d’otage culturelle. Une OPA sur notre imaginaire. Un braquage avec des avocats à la place des cagoules.
Netflix n’achète pas Warner. Netflix achète nos héros, notre nostalgie et nos futurs souvenirs. Et s’il se met à choisir ce qu’un héros doit être ou ce qu’un méchant peut encore faire, alors ce n’est pas juste Hollywood qui change. C’est la façon dont on consent à rêver. Installe-toi. On va regarder le géant avaler le cinéma comme un pop-corn trop sucré et on va poser la seule question qui mérite d’être posée :
quand une seule entreprise possède nos mythes, qui décide de ce qui est acceptable d’imaginer ?
Café chaud, gorge en feu. Cet épisode commence.
Le deal expliqué sans jargon
Netflix n’a pas simplement racheté Warner Bros. Le géant du streaming a ciblé une partie bien précise de l’entreprise : tout ce qui fabrique, diffuse et archive de la fiction. Le cœur narratif. La machine à produire des histoires. À première vue, on pourrait croire à une acquisition classique, comme on en voit régulièrement dans les industries culturelles. Ce n’est pas le cas. L’accord officiel, annoncé début décembre 2025, ne porte pas sur l’ensemble de Warner Bros. Discovery, mais sur une sélection stratégique qui sépare l’imaginaire mondial de l’information et du sport. Netflix prend les mythes, renonce au réel.
Dans ce rachat, ce qu’on appelle “les studios” n’est pas une simple infrastructure, mais l’endroit où sont conçus les films, les séries, l’animation, les sagas. Warner Bros Studios devient donc une branche Netflix, avec tout ce que cela implique : les univers DC, les productions HBO, les franchises Harry Potter, les classiques Looney Tunes, les créations d’Adult Swim, les séries historiques et les pépites cultes qui parsemaient l’ancien catalogue. C’est un coffre-fort rempli de licences qui ont marqué plusieurs générations, et qui vont désormais vivre, renaître ou mourir sous le regard de l’algorithme Netflix. Le rachat inclut aussi la plateforme HBO et HBO Max, symbole du prestige télévisuel, reconnu pour des œuvres exigeantes, lentes, cérébrales, parfois dérangeantes. Netflix possède désormais aussi cela : la qualité que le public n’a jamais demandé mais dont il a constamment besoin.
En face, ce que Netflix a délibérément laissé de côté est tout aussi révélateur. Les chaînes d’informations, les télévisions sportives, les réseaux câblés et les programmes linéaires ne font pas partie du deal. Tout ce qui dépend des grilles horaires, des règles nationales, de la régulation journalistique ou des droits sportifs reste dans une entité séparée, provisoirement baptisée Discovery Global. Autrement dit, Netflix refuse ce qui ne se binge pas. Ce qui ne se personnalise pas. Ce qui n’obéit pas à un algorithme. Ils ne veulent pas informer, seulement raconter. Pas diffuser le monde, mais le réécrire. Leur empire ne sera pas celui des faits, mais celui des fictions.
Ce découpage n’est pas un détail administratif ; c’est une déclaration philosophique. Netflix concentre l’imaginaire, les symboles, les héros, les récits qui imprègnent la culture mondiale, pendant que l’information, elle, retourne au vieux monde du câble, des chaînes, des gouvernements et des lois. L’entreprise ne veut pas influer sur la manière dont on comprend la réalité : elle veut modeler la manière dont on l’imagine. Ce n’est pas une prise de contrôle économique, c’est une prise de contrôle culturelle. L’inconscient collectif, désormais, ne sera plus nourri par une multitude de studios vieillissants, mais par une seule plateforme. Une seule porte d’entrée. Une seule fabrique.
Quand Netflix laisse le réel à d’autres et ramasse tous les mythes, ce n’est pas un caprice stratégique. C’est un changement de civilisation : une entreprise privée contrôle bientôt l’endroit où naissent les histoires que les sociétés se racontent pour se comprendre elles-mêmes. C’est cela que nous venons de signer. Et si l’on s’inquiète, ce n’est pas pour le futur du cinéma, mais pour le futur de notre imagination.
Le vrai enjeu : le monopole des valeurs
La fiction n’est pas seulement un divertissement, c’est un miroir. Depuis toujours, les histoires nous servent à comprendre ce que nous sommes, ce que nous jugeons acceptable, les batailles que nous voulons mener et les rêves que nous sommes prêts à revendiquer. Un film peut redéfinir la notion de justice, une série peut ouvrir de nouvelles formes d’empathie, un personnage peut incarner la colère, le renouveau, la déviance ou la réconciliation. C’est pour ça que la concentration de la fiction entre les mains d’un seul acteur n’est pas un simple dossier économique, mais une question de civilisation. En récupérant l’essentiel de Warner Bros., Netflix ne se contente pas d’acheter des licences : il met la main sur l’inconscient collectif.
Quand les mythologies modernes étaient réparties entre plusieurs studios, les valeurs circulaient d’une vision à l’autre. Certains récits étaient progressistes, d’autres conservateurs ; certains étaient cyniques, d’autres idéalistes. La diversité créait le débat. L’éclatement des voix empêchait qu’une seule morale soit imposée à tous. Mais lorsque le même distributeur contrôle l’essentiel de ce que nous regardons, la palette se réduit. Non pas forcément par censure directe, mais par la logique algorithmique, par l’idée qu’une “histoire rentable” doit correspondre à certains critères : elle doit plaire au plus grand nombre, éviter la polémique trop aiguë, générer des discussions positives sans créer trop de malaise. La morale doit devenir compatible avec leur business.
Plusieurs chercheurs ont déjà observé que Netflix utilise la “diversité” comme un argument commercial avant d’en faire une valeur artistique. Dans une étude publiée en 2024 sur la stratégie culturelle des plateformes de streaming, des chercheurs parlent d’une “diversité de surface”, calibrée pour être universellement vendable, parfois au détriment de voix moins consensuelles ou plus radicales. La fiction est pluraliste tant qu’elle ne dérange pas le modèle économique. Quand une seule entreprise détient Harry Potter, DC, HBO, l’animation historique et l’essentiel de la future production de séries grand public, la question n’est plus de savoir si la diversité est affichée, mais si elle peut encore être dérangeante.
Ce n’est pas un hasard si la Writers Guild of America a officiellement exprimé ses craintes face au rachat : trop de pouvoir pour un seul acheteur, trop peu de liberté pour les auteurs, trop de pression pour écrire “vendable”. Une œuvre ne peut plus se permettre d’échouer, de choquer, de se tromper, d’aller trop loin. L’art n’a jamais été rentable en ligne droite ; il devient rentable quand il ose là où le public hésite. Si la plateforme la plus puissante du monde finit par décider à quoi doit ressembler un héros, quel type de violence est acceptable, jusqu’où une satire peut aller ou quelle forme d’identité peut être représentée sans risquer une polémique mondiale, alors ce n’est pas seulement l’industrie qui change : c’est la morale collective.
Le danger n’est pas l’inclusivité, qui reste une avancée nécessaire. Le danger, c’est que l’inclusivité devienne un protocole qui lisse les contradictions et élimine les zones grises. Un héros parfait n’enseigne rien, une société sans conflit ne raconte rien, une fiction sans ambiguïté ne nous transforme pas. La diversité a du sens quand elle crée du frottement, quand elle révèle des injustices, quand elle montre ce qu’on n’a pas envie de regarder. Si Netflix transforme les mythes en produits calibrés pour être acceptés partout, alors ces mythes ne seront plus des moteurs de pensée, mais des décorations morales.
Le rachat de Warner n’est pas une victoire économique, c’est une prise d’otage potentielle de notre imaginaire. Si une seule entreprise peut choisir ce que le monde regarde, elle finit par influencer ce que le monde accepte. Et c’est à cet endroit précis que l’inquiétude doit commencer : la morale ne devrait jamais appartenir à une plateforme de streaming, même si elle distribue de très bonnes séries. Notre capacité à rêver, douter, contester et déranger ne peut pas devenir une option payante.
Exemples potentiels : quand Netflix touche à…
Quand Netflix met la main sur Gotham, la tentation est grande d’en faire une ville “responsable”. Une cité dont la corruption ne serait plus une maladie systémique, mais un problème individuel qu’on peut résoudre à coups de morale bien placée. Or, Gotham n’a jamais été une question d’éthique personnelle. C’est une ville malade, irrécupérable, une métaphore du capitalisme qui dévore ses habitants sans distinction. Batman est un symptôme, pas un remède. Si la plateforme décide qu’un héros doit porter un message positif, exemplaire, consensuel, alors Batman devra devenir autre chose qu’une réponse brutale à un chaos irrémédiable. Il deviendrait un agent de pédagogie. La violence perdrait son sens politique, la noirceur deviendrait décorative, et la faille morale deviendrait un défaut à corriger. Gotham, mise au propre, cesserait d’être une critique sociale pour devenir un produit acceptable, calibré, exportable — une ville qui donne de l’espoir, parce que l’algorithme déteste l’impasse.
Harry Potter, lui, risque un destin inverse : celui d’une saga rendue “sûre”, retravaillée pour correspondre à une lecture morale actuelle, débarrassée des zones ambiguës qui faisaient sa force. Le monde des sorciers n’est pas un modèle inclusif idéal, c’est une société profondément hiérarchisée, méritocratique, parfois raciste, souvent violente, traversée par les privilèges de sang, les castes, les inégalités. L’histoire se construit sur ces fractures : Harry n’est pas admiré parce qu’il est juste, mais parce qu’il est célèbre. Les adultes ne sont pas sages, seulement épuisés. Les élèves ne sont pas vertueux, ils sont conditionnés par leurs maisons. Si Netflix décide de transformer cet univers en utopie progressive, alors l’histoire perd son sujet : il ne s’agit plus de survivre dans un monde injuste, mais de valider une société corrigée à coups de scénarios réparateurs. Un Poudlard où tout le monde est “gentil” n’apprend rien à personne. Un Poudlard qui protège ses élèves de l’injustice n’a plus besoin de héros.
Quant à Adult Swim, l’idée même de le lisser serait une contradiction. L’animation adulte produite par Warner n’existe pas pour être aimée, mais pour déranger. Rick and Morty, Bojack Horseman avant eux sur d’autres plateformes, les créations d’Adult Swim ne proposent pas de leçons de vie : elles posent un miroir cynique là où le public attend un baume. Leur rôle n’est pas d’éduquer, mais de révéler l’absurdité, la violence sourde, la stupidité du monde. Si l’humour devient soumis aux mêmes règles morales que les contenus familiaux, alors la satire perd son essence. On peut rendre un héros plus vertueux, un méchant plus justifiable, mais on ne peut pas exiger qu’une satire devienne exemplaire. La satire n’est pas une morale, c’est une morsure. Si Adult Swim doit se conformer aux critères de bienveillance que Netflix aime promouvoir, alors l’animation adulte deviendra une caricature inoffensive, une insolence apprivoisée. Une émission qui rit encore, mais ne mord plus.
Dans ces trois univers, le danger n’est pas qu’ils changent, mais qu’ils perdent leur utilité. Si Gotham devient éducative, si Harry Potter devient harmonieux, si Adult Swim devient sympathique, alors le rôle même de la fiction disparaît. Les histoires ne sont pas là pour valider nos valeurs, mais pour les mettre à l’épreuve. Une plateforme qui détient notre imaginaire peut avoir envie de transformer le débat moral en décor. Mais un monde sans ambiguïté ne raconte rien. Et un héros sans contradiction n’est qu’un slogan.
La nuance intelligente
L’enjeu n’est pas de refuser l’inclusivité, mais de comprendre ce qu’elle devient lorsqu’elle est transformée en exigence commerciale. Une fiction qui inclut plus de voix, plus de corps, plus de cultures, est une avancée réelle, profonde, nécessaire. Mais une fiction qui se contente d’empiler des identités “représentatives” pour rassurer un marché mondial ne crée pas de diversité, elle crée une norme. Une norme où toutes les histoires doivent incarner une vertu claire, une leçon implicite, une intention bienveillante. Ce n’est pas l’inclusion qui pose problème, mais le fait qu’elle puisse devenir un emballage marketing. Quand on exige qu’un récit soit “positif”, on lui retire le droit d’être complexe. Quand on demande qu’un héros soit irréprochable, on lui retire le droit d’être humain.
La diversité réelle n’est jamais harmonieuse. Elle est inconfortable, conflictuelle, dissonante. Elle demande des contradictions. Elle demande des personnages qui se trompent, des sociétés injustes, des visions du monde incompatibles. Ce n’est pas en adoucissant les imaginaires que l’on crée la pluralité, c’est en acceptant que certaines œuvres choquent, que certaines dérangent, que certaines déplaisent. Une plateforme qui déclare vouloir “représenter tout le monde” devrait accepter que certaines histoires soient politiquement incorrectes, que certaines soient violentes, que d’autres soient conservatrices, radicales, provocatrices ou délibérément ambiguës. La diversité n’est pas l’uniformité de la vertu, mais le désordre des points de vue.
Or, lorsque le cœur mondial de la production imaginaire se concentre dans une entreprise qui fonctionne par algorithmes de popularité, par recommandations personnalisées, par optimisation du temps d’écran, la fiction risque d’être formatée pour la satisfaction immédiate. On remplace la complexité morale par l’adhésion instantanée, l’ambiguïté par le consensus, l’expérimentation par la sécurité. Les récits deviennent des produits “sans risque”, des fictions numériques aseptisées, calibrées pour ne heurter aucune sensibilité globale. Le monde devient un endroit confortable à regarder, parce que plus personne n’ose le représenter tel qu’il est vraiment.
La nuance, ce n’est pas le juste milieu entre provocation et bienveillance. C’est la capacité d’accepter qu’une œuvre puisse être contestable, dérangeante, déroutante, et pourtant essentielle. Ce n’est pas la mise en scène de la tolérance, mais l’acceptation du conflit qu’elle implique. Une société qui demande à son imaginaire d’être moralement irréprochable finit par demander à ses artistes d’être des éducateurs. Or la fiction n’est pas censée nous corriger, mais nous confronter. Si l’on efface les aspérités, si l’on nettoie la violence symbolique, si l’on élimine les failles pour ne garder que des récits exemplaires, alors nous ne serons plus confrontés à nos contradictions, mais simplement bercés par une morale confortable.
L’inclusivité n’est pas une décoration et la diversité n’est pas une checklist. Ce sont des gestes qui n’ont de sens que lorsqu’ils mettent en danger quelque chose. Le jour où elles deviennent des options paramétrables, des argumentaires de marque, elles cessent d’être des forces d’ouverture pour devenir des instruments de normalisation. C’est ce glissement silencieux qui menace la fiction : non pas le progrès, mais l’idée que le progrès doit être uniforme. Une plateforme peut promouvoir l’inclusion tout en fabriquant de l’homogénéisation idéologique. Ce paradoxe, s’il n’est pas surveillé, finira par tuer ce qu’il prétend défendre. Parce qu’une société peut survivre sans héros parfaits, mais jamais sans contradictions.
Conclusion
Il n’y a aucune fatalité dans ce rachat. Rien n’est encore joué. Les régulateurs doivent encore valider l’opération, les institutions culturelles peuvent s’en mêler, les syndicats d’auteurs se mobilisent, et chaque pays possède encore des règles sur les quotas, la diffusion, la conservation des droits. Le danger n’est pas que Netflix rachète Warner, mais que personne ne questionne l’impact culturel de ce rachat. Ce qui se joue aujourd’hui n’est pas le futur du streaming, mais le futur de la pluralité morale. Nous ne sommes pas en train de décider qui possède les films, mais qui possède les valeurs qui s’y glissent. L’imaginaire mondial ne doit pas devenir une version bêta validée par un algorithme américain. La diversité culturelle n’est pas un casting, c’est une contradiction acceptée. Tant que le monde reste conflictuel, l’art doit l’être aussi. Si nous demandons au cinéma de rassurer, il cessera de nous transformer.
C’est aussi pour ça que je crée, que j’écris, que je produis, que je construis des univers qui ne cherchent pas à plaire à tout le monde, qui ne nettoient pas les contradictions mais les mettent en scène. Cappuccino & Croissant, ce n’est pas une marque de café : c’est un espace pour penser, pour rire, pour analyser la pop culture sans peur d’être trop complexe, trop ironique, trop sincère. Si tu veux défendre une création libre, indépendante, contradictoire, tu peux faire partie de ces projets. Tu peux lire les livres que je prépare, suivre le podcast, découvrir mes travaux, écouter ma musique, soutenir l’abonnement, rejoindre l’écosystème créatif que je construis. Tu peux en faire un espace qui refuse l’imaginaire pré-mâché, lisse, rassurant. L’art n’a jamais été un produit. Ce que je fabrique non plus. Alors si tu veux que la culture reste un terrain de friction, pas une suggestion automatique, tu sais où me trouver : sur le site, sur mes réseaux, dans les livres à venir, dans la musique en cours, dans toutes les créations qui ne cochent pas de cases. L’imagination est un choix. On peut encore décider de ne pas la laisser aux plateformes.





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